Christian Floquet

Peintures récentes

12 janvier - 19 février 2022

Christian Floquet

Peintures récentes

12 janvier - 19 février 2022




 

Deux couleurs, pas plus, tel était le titre de l’exposition personnelle de Christian Floquet organisée en 2003 par le MAMCO de Genève. Il reprenait une des règles de base de sa peinture, une autre étant l’usage de formes carrées ou rectangulaires que l’on retrouve aussi dans le format des tableaux. Deux couleurs industrielles donc appliquées à la brosse sur la toile jamais encadrée – et dont les bords ne sont jamais peints – proposant des aplats non expressifs du point de vue du geste – pas de trace repérable ici du passage de la main – et pleinement livrés à leur visibilité superficielle. Cet ascétisme de la peinture et de sa pratique, directement hérité des avant-gardes modernistes, n’est pourtant pas aussi simple que cela. Car il suffit de s’approcher d’un tableau de Christian Floquet pour voir combien l’économie annoncée de sa peinture met en évidence une donnée fondamentale : il n’est pas possible, dès que deux couleurs sont prises dans deux formes, d’avoir affaire à un pur traitement pelliculaire de la surface de travail. Autrement dit, même avec un vocabulaire plastique à ce point compté, il y a toujours de la profondeur qui surgit d’aplats de couleurs, aussi constants, étalés et stricts soient-ils.  


Si l’on regarde, par exemple, le tableau le plus grand de l’exposition, Sans titre n° 14 (2021), fait d’aplats de couleur bleus et violets rectangulaires, disposés obliquement sur la toile – ce qui est également une des constantes de cet art – et comme emboîtés les uns dans les autres, il est impossible de savoir lesquels ont été peints les premiers parce que chacun peut prendre alternativement le dessus sur l’autre ouvrant ainsi à une profondeur minimale et opératoire : la surface ne se laisse pas faire, elle est toujours plus ou moins et déjà de la profondeur aplatie (une « profondeur plate », dirait l’historien de l’art Jean Clay). Ce que montre donc cette peinture, ce qu’elle explore depuis bientôt près de quarante ans, c’est son impossibilité même, son glorieux échec opératoire : même à la surface de la toile, il y a toujours une épaisseur peinte – et donc la fabrication d’une illusion picturale manifeste. Même sans volonté narrative ou illustrative, l’image peinte contredit la superficialité du subjectile pour ouvrir à un arrière-plan, aussi fin et mince soit-il. Même sans vouloir dire, la peinture ne cesse de faire illusion.


C’est ce que montre, une nouvelle fois, cette exposition, la quatrième exclusivement consacrée à Christian Floquet par la galerie Ceysson & Bénétière –, la première à New York, les autres ayant été proposées à Paris (2014), Saint-Étienne (2017) et au Luxembourg (2020). On y découvrira ses dernières œuvres, notamment des tableaux de format carré avec, posés en leur centre, des carrés de couleur posés obliquement – des losanges. Là aussi, la surface s’affirme et nous surprend, pour ne pas dire nous trompe : il suffit de la scruter pour être pris dans le vertige de la confrontation et de l’aspiration, confrontation entre deux aplats colorés qui se touchent sans se mélanger, aspiration visuelle par cette confrontation positive et dynamique, qui nous livre à un incessant étonnement à cause de son issue éternellement indécidable.      


Thierry Davila, 2021

 




Artiste de l'exposition : Christian Floquet


Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
956 Madison Avenue
10021 New York


T: +1 646 678 3717