Sandra Lieners

Interlude

11 décembre 2021 - 26 février 2022

Sandra Lieners

Interlude

11 décembre 2021 - 26 février 2022




 

La technique utilisée par Sandra Lieners est clé pour sa pratique : la peinture à l’huile en tant que référence noble, traditionnelle en dialogue avec l’histoire de l’art. Son esthétique et le contenu de ses œuvres s’opposent à ces connotations en évoquant la digitalisation, le kitsch et le contexte de la production. Son œuvre développe une approche critique du rôle de l’analogie et de la peinture dans les sociétés contemporaines. Elle trouble les limites de la figuration et de l’abstraction par le flou, le cadrage et la pixellisation. 


Sandra Lieners nous a donné pour habitude de questionner, de tester notre assurance visuelle à l’approche d’une peinture figurative pour tendre vers l’abstrait. D’une peinture tournée vers ce que nous appelons du Street Art avec ces affiches arrachées (enfin, c’est ce que l’on peut croire), Lieners nous a d’abord troublé par sa maitrise du pinceau mettant mal la véracité de l’instantané visuel. On se plait alors à scruter en détail chaque millimètre de surface et on se met au défi de discerner le vrai du faux ; du collage à la reproduction fidèle d’une affiche, d’une photographie à un paysage flouté, d’une visite virtuelle à un véritable travail de portraitiste. Sans oublier ces ajouts abstraits qui venaient compléter une peinture non pas connu, ni convenu, mais assimilée. Et ce n’est pas une surprise. Quand on voit le travail fastidieux de préparation que celle-ci déploie en amont de chaque réalisation. Il parait évident maintenant que ces ‘témoins’ issus d’un travail préparatoire allait devenir une nouvelle forme dans son approche plastique. Depuis 2012, Lieners intègre ses « témoins » dans sa pratique – des fois isolés, installés dans l’espace, sous formes de diptyques ou polyptyques et très récemment en tant que cadrages. La série « the rest is history » élabore davantage cette approche en donnant un cadre uniforme aux traces aléatoires. Rythme, répétition et accumulation changent notre relation formelle avec eux. La matière picturale et la trace du geste sont bien visibles. 


La série « the attic », elle, est une réactivation des esthétiques perdues de générations antérieures. Les reliques sont soit anonymes soit nominatives et évoquent l’histoire de famille de l’artiste. Elles sont retravaillées avec des références contemporaines à la digitalisation, les réseaux sociaux ou notre relation aux images en général. Ils renaissent alors, paradoxalement forts de leur caractère et de leurs stigmates et en hybride avec l’histoire de l’art. Le contraste entre high art et low art est souligné davantage en leur intégration dans un contexte white cube. Lieners importe ces contrastes dans la scène de l’art grâce à ses œuvres chargées d’une radicalité calme, évidente, parfois ironique. Ready-made narratifs, tableaux spectraux, abstraction, figuration : les œuvres de Lieners sont un produit d’un impact du réel dans l’espace de la représentation, comme c’est le cas avec les « témoins » et dans les nouvelles oeuvres « supersize » qui consiste à agrandir des détails de témoins. S’opposent alors le hasard et le contrôle, la vitesse et la lenteur, le flexible et le rigide - un détail devenant monumental par le biais de diverses interventions en renaissant tout de même sous leur forme initiale de peinture.


Avec la nouvelle série que nous avons souhaité mettre en avant lors de l’exposition Interlude, Sandra Lieners passe de l’abstraction que nous lui connaissons bien, à ce que nous pouvons voir comme de la figuration ; un ensemble de toiles en exposition semble nous faire chercher une trame dans le récit. Un liant entre toutes les étapes de vie artistique de cette jeune artiste qui l’ont mené jusqu’ici avec ces portraits floutés - inspiration d’oeuvres d’artistes femmes sous estimées en leur temps peignant elle même des femmes dans la tradition portraitiste de leurs époques. La série « women painting women » fait réflexion à la représentation des femmes à travers l’histoire de l’art. Ces oeuvres apparaissent figuratives sans s’opposer à l’abstraction. C’est donc le pouvoir mémoriel des tableaux, l’acte de peindre et la valeur accordée à l’original qui sont mises en évidence.


Alors une question se pose : pourquoi la peinture dans un temps d’omniprésence de l’image numérique? Parce qu’elle est subjective et émotive, parce qu’elle requiert du temps, parce qu’elle possède une profondeur et parce qu’elle crée une communication non-verbale. Elle est la preuve d’un acte de création connecté à l’haptique qui évoque un intermède entre action et réaction.


Une exposition ou plutôt un challenge pour Sandra Lieners qui tente ici de nous proposer un accrochage très frontal qui s’articule autour des moments décisifs de sa pratique.


Sandra Lieners & Maëlle Ebelle

 




Artiste de l'exposition : Sandra Lieners


Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière