Musée Matisse : Noël Dolla, visite d’atelier / Sniper, 2018-2021

L’exposition Noël Dolla, visite d’atelier au Musée Matisse de Nice réunit treize œuvres de la dernière série de Sniper, réalisées entre 2020 et 2021 à l’atelier du 109 à Nice.


Claude Viallat

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ORLAN - Portrait

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Bernar Venet - Portrait

Bernar Venet est un des rares artistes français à s'installer dès la fin des années 60 aux États-Unis, où il exposera avec des artistes tels que Donald Judd, Joseph Kosuth, Sol LeWitt, Robert Smith...


Noël Dolla - Musée Matisse

En 2018, Noël Dolla initie la série des Sniper. Ce titre générique désigne un ensemble d’œuvres dans lesquelles l’artiste souffle sa peinture à l’aide d’un pistolet à air comprimé produisant ainsi de séduisantes, et tout aussi effrayantes, « Fleurs du mal ». Jolies au premier abord, terrifiantes quand l’on sait ce dont il s’agit : la guerre, la mort, la chair déchiquetée…  Comme avec les séries antérieures, l’outil à l’usage trivial – ici une « arme à déboucher les chiottes ADWC45 » – joue le rôle d’intercesseur entre son corps et la peinture, cela toujours pour le mettre à distance, ne pas être dans le face à face avec le tableau et la projection d’un affect quel qu’il soit. Car depuis les années Supports/Surfaces, Dolla cultive avec opiniâtreté « l’esprit d’abstraction », pour que la peinture continue à vivre, à porter le sujet, loin de l’académisme. La plupart des séries de celui qui se voit comme un « rationaliste baroque », font référence au contexte politique et social : Dolla est un artiste engagé. Lorsque surgit un nouveau sujet, terriblement humain, il lui faudra donc se l’approprier, ravaler la colère ou la haine qu’il suscite, afin de la sublimer dans l’exercice même de la peinture. D’où l’importance pour lui des outils du peintre, souvent détournés de leur emploi, mais toujours signifiants.


Lionel Sabatté - MAMC+

Au fil des salles se déploie une cosmogonie propre à l’univers plastique de l’artiste, à la fois organique, minérale et animale. Un ancien châtaigner stéphanois observe une nouvelle floraison ; des champs d’oiseaux, tels des stalagmites, cohabitent avec des dépouilles de volatiles. Ils semblent former les restes de la salle précédente, cette "caverne d’oxydation" aux surfaces telluriques dorées, rouillées, verdoyantes, invitant le visiteur à une immersion initiatique dans les profondeurs souterraines. Le voyage proposé par Lionel Sabatté commence dans un magma originel et se poursuit avec quelques éclosions, livrant un regard sur le phénomène des transformations animales et végétales.

La figure humaine, émergeant dans un second chapitre, peine quant à elle à s’imposer dans ce parcours qui pourrait ressembler aux longs cycles du vivant. Fragmentaire, démembrée, faite de gravas assemblés, elle tente autant de se construire que de limiter sa ruine. Les figures désaxées, en fragile équilibre, dialoguent avec l’immense "mur des ouvertures". Assemblage de ciment et de fer à béton, le mur forme une membrane corporelle divisant tout autant l’espace qu’associant ses faces de part et d’autre. En toute fin d’exposition, un grand tissu carré translucide, fruit de la réunion de milliers de peaux, fait écho aux multiples visages à peine esquissés sur les papiers, faits de cheveux et poussières assemblés. Suspendu et offert à la lumière traversante, ce réceptacle d’énergie clôt un parcours que l’artiste veut alchimique et ascendant.

Selon Lionel Sabatté, les œuvres ici rassemblées sont telles des véhicules, de petits vaisseaux qui permettent au visiteur de circuler dans le temps et l’espace, depuis les strates géologiques jusqu’à l’instant présent, cheminant de la terre au ciel.